Hier vendredi, Géraldine m'a fait un plan de dernière minute. Une de ses collègues-copines organisait une pendaison de crémaillère et étant célibataire, elle ne
voulait pas y aller seule et me demanda de l'accompagner. J'acceptai. Je n'avais rien à faire, avec Delphine c'est trop récent encore et elle avait déjà une soirée prévue. Du coup, je lui avais
dit que c'était pas grave puisque moi aussi. Maintenant c'était vrai.
Il était quatre heure quand elle m'avait appelé pour me le demander.
-T'es chiante, lui dis-je, t'aurais pu me le demander au moins hier, que je puisse voir venir !
-Oh mais, j'espérais encore trouver quelqu'un hier. Mais j'ai loupé mon coup. C'est la lose d'arriver seule là bas, heureusement que tu es là !
-Ouais, ben t'as du bol que ce soit toi. Je viens te chercher à quelle heure ?
-C'est dînatoire, répondit-elle avec un accent précieux soulignant le côté pompeux de la chose, nous devons y être pour huit heures et des bananes.
Je passai donc la prendre à sept heures, il faut prévoir large pour aller de la banlieue Ouest au dix-huitième arrondissement de Paris. Le temps d'arriver, de
trouver une place, finalement du côté du boulevard de Rochechouard et d'une petite promenade jusqu'à notre destination : rue Custine.
En sortant de la voiture, Géraldine me tendit le sac qui contenait le cadeau de nos hôtes.
-Tiens, porte ça toi, me dit-elle.
-Putain ! C'est lourd ! dis-je en laissant tomber mon bras lourdement, c'est quoi ?
-Ben, une crémaillère ! C'est pas une bonne idée ça ?! Elle avait l'air fière de sa trouvaille.
-C'est pas tout neuf, reprit-elle, mais Lucie est une lectrice assidue de blogs de jardinage et bricolage. Elle retapera ça et pourra s'en servir pour y accrocher
un sceau-pot de fleurs ou simplement au mur pour la déco, ça fait rustique !
-C'est une bonne idée, j'avoue, mais pas pour monter la butte Montmartre.
-C'est bien pour ça que je t'ai donné le sac, mon p'tit Raphaël !
Nous arrivâmes au bel appartement tout neuf de son
amie Lucie. En montant les trois étages Géraldine me rappela qu'il serait bien qu'on ait un peu l'air d'un couple. Elle n'était pas venue accompagnée pour rien ! D'accord.
Lucie ouvrit et je lui fut présenté tout de suite ainsi qu'à son fiancé, Jean-Pierre, avec qui elle s'installait donc. Nous fîmes le petit tour traditionnel du
salon pour saluer rapidement les quelques invités déjà arrivés. Laurent, Norbert, Julianne, Karim, Nadine... On oubliera tous nos prénoms par la suite de toute manière. On nous donna un verre de
vin blanc chacun et Lucie nous fit visiter son joli petit appartement.
-C'est vraiment sympa comme cadeau ce que vous m'avez fait, dit-elle en nous montrant sa chambre, ça occupera le week-end pour le restaurer et je l'accrocherai sur
le balcon. Il faudra que je trouve un moyen d'accrocher un pot de fleur !
-Avec un sceau en fer, dis-je, en faisant un clin d'œil à Géraldine.
-Ah oui, bonne idée ! répondit Lucie.
En revenant au salon, je remarquai une jeune femme. Grande, un mètre quatre vingt peut-être. Petite robe noire et blanche bouffante au dessus des genoux, veste en
jean, elle avait les cheveux blonds et courts, coupe garçonne. Je la fixais longuement mais elle ne le vit pas, occupée à regarder les boitiers de CD empilés devant la mini-chaîne. Si elle
s'affairait là, c'est qu'elle ne connaissait personne, pensai-je. Je m'approchai et demandai :
-Vous cherchez ce qui est en train de passer ?
-Exactement. Elle se tourna vers moi et sourit. Un beau sourire.
-C'est du Grand National. Il faut chercher la pochette avec des belles jambes. Et si c'est les
goûts de Lucie, moi je tombe raide amoureux là.
-Oh voyons ! Et Jean-Pierre ?
-Lui ? Je le provoque en duel demain à l'aube. Une street-dance battle et s'il danse mieux que moi je passe au kick-boxing... Je m'arrêtai là, je cru voir les
limites de cet humour au moment où j'ai dit "kick-boxing". Soit elle a visualisé la violence que ça représentait, soit elle a associé ça à Jean-Claude Van Damme. Dans les deux cas, il ne valait
mieux pas continuer sur cette voie. Quand je vous parlais d'hermétisme des femmes à l'humour masculin. A moins que ce ne
soit mon humour...
A ce moment là, je remarquai que Géraldine était en grand débat avec Lucie et un des types dont je ne me souvenais plus du prénom. C'est elle qui avait le boitier
de CD que je cherchais ! Je me retournai vers ma blonde :
-Vous prenez un autre verre ?
-Volontiers.
Je traversai donc le salon vers la table à bouteilles en passant derrière Géraldine.
-Dis moi chérie, lui dis-je, que fais-tu avec ce boitier ?
Elle se retourna en faisant les gros yeux. Je crois qu'elle s'occupait à plaire au gars dont je ne me souvenais toujours pas du prénom alors que Lucie était partie
ouvrir à de nouveaux arrivants. Elle me tendit fermement le boitier plastique.
-Je sais pas,la bouteille de Campari était posée dessus. Tiens, et tu devrais goûter au feuilleté aux courgettes, c'est très bon et c'est là-bas.
J'ai compris, j'y vais. De toute manière j'ai autre chose à faire. Je retournai voir ma grande mélomane avec un verre de Chablis.
-Merci, me dit-elle.
-Voilà la pochette, je vous avais dit qu'il y avait des jambes ! Moins bien que les votre mais bon, elle sont déjà pas mal.
Petite remarque, l'air de rien, histoire de la bousculer légèrement et lui signifier que je n'était pas insensible à son charme. Je repris :
-Est-ce qu'on peut se tutoyer ? Je m'appelle Raphaël.
Elle rit, devinant que j'avais oublié son prénom.
-Oui... moi c'est Julianne. Elle souriait largement en disant ça. J'aime qu'on me sourit.
La soirée continua, l'ambiance était bonne, nous avons mangé, bu, ri. J'ai tout de même échangé avec deux ou trois autres personnes et avec notre hôte Jean-Pierre,
mais je revenais de temps en temps vers Julianne. Juste de quoi être présent sans être lourd. Je réussis à obtenir son numéro de téléphone.
Vers deux heures du matin, Géraldine et moi sommes partis. J'aurais vraiment voulu raccompagner Julianne mais bon, j'étais le cavalier de Gégé. Je
l'appellerai.
Ça m'a fait du bien de sortir, il faisait chaud dans cet appartement. Géraldine et moi nous taquinions dans les rues tranquilles, forcement à cette heure ci, des
abords de Montmartre :
-Tu crois qu'on a eu l'air fins en disant qu'on était un couple ? Demandai-je.
-Oui, bon... j'ai mal joué sur ce coup, je pensais qu'il n'y aurait que des couples comme d'habitude !
-Ben je suis pas mécontent quand même, Julianne n'a rien dit en tout cas. Tu le revois toi, Machin ?
-Jérôme ! Oui, je le revois. S'il me rappelle... dit-elle.
-T'as pas son numéro toi ?
-Si ! Mais s'il tarde, je vais pas me fouler à rappeler, j'aurais trouvé quelqu'un d'autre !
A cet instant autre chose occupait mon esprit :
-Excuse-moi Géraldine, mais j'ai oublié d'aller aux toilettes avant de partir. Il faut vraiment que je fasse pipi, je ne tiendrai pas dans la voiture. Continue, je
te rattrape. Je ne veux pas que tu assistes à ce spectacle !
Elle s'éloigna, hilare, pendant que j'urinais dans un coin. Oh le pied ! J'avais envie.
Je rejoignis Géraldine en trottinant. Elle avait tourné à un angle et je l'avais perdue de vue, ça avait été plus long que je l'avait imaginé ! En la rattrapant je
vis que trois hommes étaient avec elle. Un d'eux avait une bouteille de téquila à la main. Sûrement des ivrognes refoulés de la soirée du moment de l'Elysée Montmartre. Ils avaient l'air jeunes,
la vingtaine, sacrément éméchés et ils bousculaient Géraldine ! Un autre la tirait vers lui. Je commençais à entendre ce qu'ils disaient. Il était question de tirer un coup et de plan à quatre.
Géraldine faisait du mieux possible en continuant à marcher droit et à les ignorer.
Je les surpris en commençant à parler. Il ne m'avaient pas entendu venir.
-C'est terminé ! Ça va Géraldine ? Elle était inquiète mais je vis qu'elle était soulagée de me voir finalement arriver. Celui qui avait la bouteille se retourna
vers moi.
-Casse toi, toi ! Tu vois qu'on est avec la dame !
Les deux autres se tournèrent aussi vers moi, menaçant.
Ça m'emmerde, ça ! Je ne dois pas avoir l'air dangereux. Je sais pas pourquoi, peut-être parce que j'étais habillé en minet sortant d'une pendaison de crémaillère
tendance bobo. Eux en tout cas avaient l'air relativement marginaux et assez pétés pour faire n'importe quoi. D'ailleurs le premier commençait à faire des mouvement de doigts pour saisir sa
bouteille, vide, comme d'une matraque. Je ne le laissai pas finir : Je lui plaquai violemment ma paume droite contre sa tempe. Je sentis l'os malaire céder. Il s'écroula net, inconscient. Je me
retournai rapidement vers les deux autres. Je vis leur regard changer, ils n'avaient plus l'air saouls. L'adrénaline se déversant dans leurs veines annulait quelque peu l'effet de l'alcool. Ça
donne chaud dans toute la poitrine et le ventre. Je sais, ça me faisait pareil.
-Faut pas emmerder les dames, dis-je, vous avez un téléphone ou j'appelle le SAMU ?
L'un d'eux sorti un téléphone de sa poche.
Je m'adressai à Géraldine :
-Bon, on y va.
Je la soutins par le bras, la voiture n'était plus très loin. Elle ne souriait plus. Une fois installée elle était toujours pâle.
-Ça va aller ? Lui demandai-je.
-Oui,je me remets. Doucement. Je palpite encore. Elle soupira. Ça va aller l'autre ?
-Ouais, il est KO c'est tout.
Mais l'heure n'était plus à l'amusement. Je la raccompagnai chez elle, en silence. Une fois arrivés, elle ne voulut pas rester seule. Nous nous sommes alors couchés
ensemble.
Avant de s'endormir, elle me redit merci. Elle se blottit contre moi. Malgré les événements et le stress généré, éh bien ça fait de l'effet.