Avant l'échange de SMS, il fallait bien que je rencontrasse Nikki. C'était juste après nos mojitos, Rémi et moi
continuions de bavarder sur le même sujet, moins à jeun :
-C'est pour ça que les yeux sont importants. C'est une fenêtre. La fameuse fenêtre de l'âme, continuai-je.
Si tu les vois pas, les yeux, tu vois pas l'âme.
-Pfff. C'est tout ce que Rémi m'opposa pour montrer son scepticisme.
-Si ! Ce qui nous attire chez l'autre, chez une femme en l’occurrence, dépasse le physique : le
fond de l'être transparait par le physique, l'expression du visage, le regard. C'est pour ça que les filles avec qui tu sors ne me plaisent pas forcement.
-Hum, l'inverse est vrai aussi.
-Soit. On peut être attiré par quelqu'un qui ne plaira pas à son entourage !
-Tu a raison Raphaël, le physique importe peu mais si elle pouvait avoir des jambes d'un mètre vingt, ce
serait pas mal, dit Rémi, pensif.
C'est alors que Georges arriva. Nous l'avions appelé un peu avant, il sortait de son travail pas trop tard, nous lui
avions proposé de nous rejoindre. Nous nous saluâmes, il s'assit.
-Ça me fait plaisir de vous voir les amis ! J'ai rencontré quelqu'un à la salle, il y a cinq jours.
Ça se passe plutôt bien... Je lui ai demandé de passer nous retrouver. Ça va ?
-Pas de problème, répondit Rémi.
-Mais on ne pourra pas continuer nos conneries, devant une fille ! dis-je.
-T'inquiète, je les dirai à ta place ! plaisanta Georges.
Georges est particulier. Avec lui nous avons des discussions hallucinantes. Hallucinantes car gênantes, même pour moi.
Il raconte par le menu détail ses aventures sexuelles avec ses nouvelles comme ses anciennes conquêtes. Ça ne me dérange pas en soi mais le fait que nos voisines de table, qui étaient des
interlocutrices potentielles, entendaient tout m'embarrassait un peu. Car Georges parle fort, y compris quand on aborde les détails sensibles. Je ne pense pas qu'elles voudraient nous adresser la
parole après avoir entendu la revue de ses prouesses sexuelles avec Martine et le vocabulaire fleuri s'y référant, ou des dernières découvertes scientifiques qui ont mis à jour un lien de parenté
entre la chatte et la moule.
Son amourette en court se présenta devant nous. Nous nous présentâmes en lui faisant une place à table.
-Bonjour, moi c'est Nikki, dit-elle.
Me voyant tiquer, elle continua en souriant:
-Plus personne ne m'appelle Nicole. C'est Nikki.
Il y avait de quoi tiquer : à mes oreilles ce diminutif sonne "grosse cochonne". Nikki évoque la chanson de
Prince, la cinquième de l'album Purple Rain où il est question d'une jeune femme facile (c'est un euphémisme). Qu'est-ce que j'ai pu écouter ce disque !
Nous avons parlé de choses banales, d'actualités, du fait que la coupe du monde de football féminin qui vient de finir
est passée assez inaperçue, que les coureurs du tour de France sont tous, sans exception dopés, alors que, selon Georges, les footballeurs non. Je lui dit qu'il exagérait. Durant ce temps, Nikki
me troublait. Je la regardais. Elle soutenait mon regard. Ça me faisait plaisir, il y avait quelque chose, je ne saurait dire quoi. Ses yeux bleu plissés, sa bouche fine, son carré brun, ou les
trois réunis... Elle me sourit, je lui répondis.
Quand il eut fini sont verre de rosé, Georges dû partir.
-Je suis désolé mon bébé, j'ai pas mal de choses à finir. Mais je te laisse avec mes amis ! dit-il en
souriant.
Nikki était moins souriante, déçue de cet abandon soudain, mais elle fit l'effort de nous faire la conversation. Rémi
lui montrait un certain intérêt et je me dis alors que ça allait être la guerre. Alors qu'il partait dans la description des grandes œuvres de sa vie, je me contentais de souligner certains faits
et surtout de ne pas trop détacher mon regard de celui de Nikki.
Arriva le moment de partir. Nous nous sommes tous les trois levés, Rémi et moi partageâmes l'addition et Nikki nous
remercia en nous saluant. Rémi profita de cet instant pour lui demander son numéro de téléphone. Je m'abstins ensuite de le mendier : passer en second ferait mesquin, fiérot pas content de
se faire griller la politesse, alors même si j'avais envie de la revoir, non.
Je me penchai pour l'embrasser sur la joue et elle me dit :
-Tu me donnes ton numéro Raphaël ?
Je ne me fis pas prier.
A propos de Georges (histoire de
resituer)